Ayant pour objectif la reconstruction 3D du musée des Monuments français, le projet « Lenoir 3D » a pour ambition de permettre son exploration virtuelle interactive. Intégré dans le projet Culture 3D Cloud, il est dirigé par le musée du Louvre, l’Institut National d’Histoire de l’Art (INHA), et le laboratoire MAP MAACC de l’Ecole d’architecture de Paris La Villette.

A la fin de la Révolution française et sous l’Empire, le musée des Monuments français d’Alexandre Lenoir, installé dans l’ancien couvent des Petits-Augustins à Paris, est un lieu novateur d’exposition d’œuvres d’art. C’est le premier musée qui fait une place importante à l’art du Moyen Age, et l’adoption d’un classement par siècle est alors une innovation. L’attention portée à la muséographie, l’aménagement d’un jardin autour du musée sont autant de moyens de mettre en valeur les œuvres dans des évocations de grands personnages. Supprimé en 1816, ses collections furent dispersées entre le musée du Louvre, la Basilique de Saint-Denis, le château de Versailles, le musée de Cluny,… et parfois perdues. Une riche documentation (dessins, gravures, tableaux, catalogues) permet aujourd’hui de tenter de reconstituer son fonds.

Prise de vue de l’urne du cœur de François Ier à la basilique de Saint-Denis. En vert et rouge les caméras (avec différentes focales), en blanc les points homologues (points communs aux différentes photographies)

Le programme de recherche mené par le musée du Louvre et l’Institut National d’Histoire de l’Art consiste en la création d’une base de données des œuvres passées par le musée des Monuments français entre 1795 et 1816.

Sur la base de ce programme, le projet « Lenoir 3D » a pour objectif d’illustrer cette base de données pour aboutir à la reconstruction en 3D du musée en vue de sa visite virtuelle par deux types de public. D’abord, le modèle permettra aux chercheurs de naviguer graphiquement dans la base de données. Ensuite, l’idée d’une visite virtuelle pour le grand public, présentée dans une exposition future au Louvre, a été évoquée. Il s’agit aussi, par le biais de cette modélisation, de mettre au point des méthodes et des outils adaptés à la numérisation et la valorisation du patrimoine.
C’est avec les moyens envisagés par Culture 3D Cloud que les œuvres ont été numérisées, selon la méthode développée dans l’expérimentation sur la baigneuse de Maillol.
Dans le cadre de la modélisation d’œuvres en intérieur, le problème du positionnement et de l’éclairage s’est posé. Tourner autour de l’œuvre n’a pas toujours été possible, et il s’agit de trouver les bonnes positions pour obtenir tous les points de l’œuvre au cas par cas.
Par triangulation, on obtient à partir de ces photographies des nuages de points qu’il reste à fusionner et à nettoyer (car certains points sont aberrants). Enfin, pour un affichage dans la plupart des logiciels de rendu, il faut trianguler les nuages de points, c’est à dire les transformer en ensemble polygonal. L’INRIA développe un logiciel à partir de la bibliothèque CGAL qui travaille à optimiser les algorithmes nécessaires à ce type de travaux.

Vue de la salle du XVIème siècle de la reconstitution du musée (juillet 2014)

Aujourd’hui, les rendus du musée tel qu’il a été commencé sont de courtes scènes filmées (ou des photographies), mais le projet de proposer une navigation interactive a été établi.
Une fois obtenu un modèle 3D satisfaisant, il s’agit de savoir le transformer et l’exploiter de différentes manières pour permettre son exploration et faire en sorte que le visiteur communique avec lui. Grâce à des outils divers (smartphones, tablettes, projections, appareils de géolocalisation, etc), on pourra rendre l’expérience de visite interactive plus ou moins immersive.

Les objets du modèle pourront être indexés vers la base de données documentaire en cours de constitution par l’INHA et le Louvre, qui formera le catalogue idéal de tous les objets passés au musée. Ces données étant en évolution, il s’agira de s’adapter à ce dynamisme et de savoir gérer leur pérennisation en mettant en place une méthode de coordination efficace.

L’auteur

Camille Autran, jeune diplômée de l’École Centrale de Nantes, suit le projet de numérisation du musée des Monuments français depuis ses débuts. Issue d’une formation généraliste, elle s’est, à la suite de ses différents stages, spécialisée dans la modélisation patrimoniale et la préservation numérique. En 2012, elle a été chargée de la reconstitution 3D et de la re-topologie de la chapelle des Ursulines de Québec au Laboratoire de Muséologie et d’Ingénierie de la Culture (LAMIC) de l’Université Laval de Québec, et elle a rejoint le MAP MAACC et l’INHA en 2013 pour faire une étude de faisabilité et de méthodologie pour la reconstitution 3D du musée des Monuments français.

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Lien externe

Le site web du projet « MMF3D »