Dans le domaine patrimonial, le recours aux techniques de modélisation 3D ont plusieurs intérêts. Elles permettent d’abord de conserver virtuellement la forme d’un objet, mais aussi de le documenter et de l’étudier.
Souvent difficilement modifiables ou manipulables, de nombreux objets ne peuvent être étudiés qu’en ayant recours à des techniques de simulation. C’est le cas notamment dans le domaine de l’archéologie, où les technologies 3D sont utilisées pour mieux comprendre ce que l’on étudie par le biais de reconstitutions. Mais ces technologies nécessitent la plupart du temps un matériel couteux et un personnel qualifié.
La plateforme, prochainement mise en place par le projet Culture 3D Cloud, devrait permettre une simplification du processus de numérisation 3D. Devenues accessibles pour un panel élargi de professionnels liés au patrimoine, notamment aux conservateurs-restaurateurs, ces techniques pourront ainsi devenir un réel outil de travail.

Le projet des Orpellières comme terrain d’expérimentation

Reposant sur la la numérisation par photogrammétrie, la numérisation par le biais de Culture 3D Cloud, nécessite l’envoi d’un ensemble cohérent d’images prises selon un protocole précis établi par les chercheurs du MAP-CNRS. Une fois téléchargées, les algorithmes utilisés par la plateforme calculent un ensemble de points homologues entre les différentes photographies et créent alors un nuage de point restituant en trois dimensions l’espace capté.

En octobre dernier, une équipe est partie faire un premier relevé photographique de la cave des Orpellières. Cette première expérimentation a été l’occasion de tester ces protocoles sur un espace aux volumes complexes (sculptures, colonnes, etc.).

Nous nous sommes rendu compte de la nécessité d’adapter les protocoles initiaux.
Trois protocoles différents ont ainsi été combinés pour la numérisation de la cave :

  • Le protocole de numérisation d’objets concave pour capter les murs,
  • Celui lié à la captation d’objets convexes pour les volumes,
  • Ainsi qu’un protocole particulier pour la réalisation d’orthophotographies (un assemblage plan de plusieurs photographies haute définition permettant d’obtenir une grande surface en une seule photographie et sans déformation due à l’objectif).

Les principales difficultés rencontrées ont été liées à la modulation de la lumière. En effet, la photogrammétrie nécessite un éclairage constant. Mais les Orpellières sont un espace dont on peut difficilement contrôler la lumière naturelle.
Malgré l’utilisation d’éclairages d’appoint, certaines zones très sombres n’ont pas été correctement détectées. Nous réfléchissons, pour les futures expérimentations, à utiliser des ballons éclairants afin d’obtenir une lumière uniforme sur l’ensemble de l’espace.

Un outil de travail possible pour les conservateurs-restaurateurs ?

La conservation-restauration est une profession qui nécessite l’appui d’une bonne documentation pour rendre compte du travail effectué et à effectuer. Cette documentation passe souvent par la création d’un dossier contenant une constat d’état (l’état d’un objet à un temps t et le relevé des altérations), un diagnostic (les possibles causes de ces altérations) et si besoin une proposition de traitement. Le constat d’état, qui constitue la partie la plus importante du dossier, s’appuie dans la majorité des cas sur des photographies ou des schémas de l’objet afin de pouvoir relever les altérations présentes. Or, dans le cas d’oeuvres monumentales comme les Orpellières, le constat d’état, s’il doit être réalisé dans les détails, devient vite un casse-tête. Les orthophotographies réalisées grâce à la plateforme C3DC deviennent alors un outil intéressant puisqu’elle font apparaître une surface entière en haute définition. Il est alors possible de zoomer et de créer des calques permettant le relevé des altérations.

Mais outre l’aspect pratique de cette technique, la numérisation 3D via la plateforme constitue une documentation importante des objets lorsque ces derniers ne peuvent pas subir de traitements (pour des raisons économiques, politiques, idéologiques). Il permet également une étude de son évolution dans le temps. Dans le cas des Orpellières, énormément d’images d’archives ont été récoltés, ce qui nous permet aujourd’hui de comparer les premiers résultats de numérisation avec l’état de ce lieu en 1994 ou 1999.

Une maquette virtuelle comme prolongement de l’objet et comme restitution

Nous l’avons vu, cette numérisation 3D, que l’on peut qualifier ici de “maquette virtuelle” , constitue un prolongement de l’objet tant spatial que temporel. Spatial car elle permettra la visualisation de cet espace, en ligne, depuis la plateforme. Elle sera également temporelle car nous pourrons observer les états de l’objet à différents moments de son existence.
Il est important de qualifier cette “maquette virtuelle” de prolongement de l’expérience de l’oeuvre in-situ, car elle ne remplacera en aucun cas un objet réel qui nécessite une confrontation directe afin d’être apprécié entièrement. C’est encore plus vrai pour les Orpellières qui constituent une oeuvre d’art total en lien étroit avec son environnement naturellement protégé qui constitue une expérience multi-sensorielle du travail de Dado.

Nous étudions actuellement les possibilités d’utilisation de cette maquette afin qu’elle dialogue directement avec l’espace des Orpellières et offre au public une meilleure lisibilité de l’oeuvre de Dado.

L’auteur

Léa Stroppolo, diplômée d’un DNAP mention conservation-restauration de l’Ecole Supérieure d’Art d’Avignon entame son second cycle de recherche sur les peintures murales contemporaines et leur devenir virtuel.
Un premier stage, au sein du CICRP (Centre Interdisciplinaire de Conservation et Restauration du Patrimoine) lui a permis d’effectuer des analyses scientifiques sur l’objet d’étude qui constituera son mémoire, une ancienne cave vinicole investie par l’artiste Dado à la fin du XXème siècle, afin d’envisager des interventions de conservation et/ou restauration. Cet objet sera aussi le terrain d’expérimentation pour le projet de plateforme 3D mise en place par C3DC. Un second stage, au sein de l’agence reciproque sera donc l’occasion d’étudier la faisabilité d’un tel projet, et l’utilité des outils 3D dans le vaste domaine de la conservation-restauration.

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